Ce samedi 30 août 2008, le long du quai de la Seine bordant le bassin de la Villette, de nombreux flâneurs et badauds en goguette étaient aimantés par un étrange manège réglé comme un ballet par un non moins étrange et invisible chorégraphe.
Cet énigmatique affairement avait pour centre une péniche nouvellement ancrée en ce lieu magique d’un Paris faisant la part belle aux arbres et à l’eau. Ne voulant pas être en reste, l’Astre-Roi avait offert généreusement son or à la nouvelle venue, signifiant qu’il n’était pas insensible à sa charismatique présence. Car il y a péniche et péniche…
Celle-ci, originellement baptisée LAÏTA, arbore désormais le nom sibyllin, pour les non initiés, de Péniche ANAKO, son nom de scène, évoquant quelque reine ou déesse mystérieuse drapée dans une robe noire bordée de jonquilles. Reine ou déesse, elle était le centre d’intenses activités de chevaliers servants en sueur mais les yeux fertiles de moissons de rêves.
Et la belle secrète s’abandonnait dans leurs bras, se laissant bichonner, pomponner, embellir, décorer par ces adeptes de la belle œuvre. Il ne s’agissait nullement de coquetterie, de frivolité, mais du prix à payer pour être à la hauteur de sa fonction : car, excusez-moi du peu, la Péniche ANAKO était désormais l’Ambassadrice des peuples du monde. Et n’est pas ambassadrice la première péniche venue ! Il fallut beaucoup de passion, une vraie Quête du Graal, pour la rencontrer et l’apprivoiser.
Les heures passant, les promeneurs ébaubis virent surgir la beauté naturelle du visage de l’amazonien ANAKO, l’âme quasi mythique de la péniche, puis une hampe portant le drapeau haut en couleurs des peuples de l’Amérique latine, et enfin une yourte naissant des mains amoureuses et agiles d’un groupe de Mongols issus des steppes d’un somptueux pays.
C’est sûr, les passants de ce jour n’oublieront pas ce spectacle inédit ! Peut-être n’ont-ils pas encore réalisé la noblesse du projet dont le corps d’ébène est porteur au tréfonds, ni la richesse du cadeau que ses gardiens aventuriers, un peu fous mais si lucides, offrent à qui en veut. Car leur rêve est à prendre au sérieux !
Leur rêve… Pas un « supplément d’âme » comme d’aucuns peuvent le laisser entendre, mais le désir de faire vivre un besoin inhérent à la condition humaine : la soif de connaître le monde qui l’entoure. Ce que les dinosaures des humanités, les honnêtes hommes appellent culture. Cette chose inutile que « la main invisible » du marché cherche à éradiquer de la planète, de la même façon qu’elle tente de faire disparaître les peuples « superflus » (comprenons : difficilement exploitables…) que l’Ambassadrice vient faire entendre en s’ancrant carrément dans « les eaux glacées du profit égoïste »…
Il ne tient qu’à nous de monter à bord !