Au pays de la reine de Saba

La Bible que Gustave Doré avait illustrée comportait une gravure intitulée : « Salomon reçoit la reine de Saba » (1866). En ce mois de mars 2009, c’est la péniche Anako qui accueille le pays de la célèbre reine Bilquis : le Yémen. Pour certains, évoquer cet Etat c’est faire surgir le port d’Aden. Et là, y retrouver la maison (devenue hôtel) de l’infatigable et génial vagabond, de cet amputé de Marseille bien loin de ses brumes de Charleville, qui vint un jour se plonger dans la « lumière diluvienne » de ce lieu devenu mythique, abandonnant l’univers fabuleux de ses mots pour un trafic d’armes et d’ivoire : Rimbaud, l’énigmatique « homme aux semelles de vent ».
Mais notre ambassadrice des peuples du monde nous invite à rencontrer les Yéménites et leur somptueux pays. Ce Yémen qui, pendant des siècles, fut un extraordinaire carrefour d’échanges, de l’Ethiopie à la Perse, du monde méditerranéen à l’Océan Indien. Cette « Arabie heureuse » des Romains, ce royaume des caravaniers, tant de fois cité dans les sourates du Coran.
Désert, plages, vergers et jardins des vallées, montagnes, cultures en terrasses. Pluies des vents de mousson et formidables systèmes d’irrigation faisant lever orangers, dattiers, bananiers, vignes, coton, thé, céréales, café, tabac, qat… Paysages superbes. Mais le grand choc est… architectural : villages perchés, mais surtout incroyables villes, dont plusieurs sont classées par l’UNESCO dans le patrimoine mondial. Sanaa, Shidam, Aden… Des « Manhattan du désert » avec leurs maisons hautes de quelque 35 mètres ! Et quelles maisons! Ocre, orange, blanc, bleu, brun des façades avec leurs décorations géométriques, leurs dentelles de briques, de grès, de bois. Portes ciselées, fenêtres-lumière, fenêtres-vue, fenêtres-vitraux, fenêtres-espions, ces splendides moucharabiehs ou l’art de voir sans être vu. Mosquées, hammams, souks où fleurent bon l’encens, la myrrhe, la cannelle et la cardamome. Silhouettes de femmes envoilées (ces trop souvent malheureuses candidates aux élections…) exhalant des effluves enivrants, avec éclats fugitifs de bijoux d’argent. Hommes affichant leur virilité avec, à leur ceinture, la djambia, ce long couteau à la lame recourbée, pour la tradition, et dans une main la kalachnikov, pour la modernité ! Terre de contrastes où les Bédouins pasteurs, délaissant leurs chameaux, organisent d’insensées courses de voitures dans les dunes ! Une autre version de « La fureur de vivre » avec émules insolites d’un James Dean ressuscité !
Et comment ne pas s’arrêter sur deux cultures qui ont fait et font encore couler autant d’encre ? Oui, le café et le qat… Le Yémen, berceau du café cultivé sur les plateaux… et servi de même… avec le port de Moka, comptoir monopolisant le commerce vers l’Europe dès le 16ème siècle : qui, chez nous, aujourd’hui, pourrait se passer du « petit noir » ? Quant au qat, c’est une autre histoire ! Le qat, cette « passion verte » de 90% des hommes et 50% des femmes de ce pays. Les feuilles « stupéfiantes » d’un petit arbuste devenues incontournable rite social ! Dans les maisons, des pièces sont réservées aux séances de mastication organisées par des qateurs acharnés ! Ce qat, chanté par les poètes yéménites : « Il groupe les gens et les unit… » pour des « Illuminations » dont Rimbaud fut un adepte… Le qat, un problème que les autorités du Yémen ne sont pas près de résoudre…
La péniche Anako vous offre un voyage fascinant : embarquez, nul besoin de qat pour planer !
Gisèle Beetz