LA PÉNICHE ANAKO SUR LES TRACES DES GRANDS NOMADES DU SAHARA

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Sahara, mon amour

En ce mois d’avril 2009, la Péniche Anako invite à son bord un monde de l’extrême : l’Afrique des seigneurs du désert, fils du vent, hommes bleus, hommes du voile… Touaregs, sublimes nomades. Car pour vivre dans l’espace saharo-sahélien, il faut bouger ! « Le Sahara est un puits dont le chameau est la corde », dit un proverbe africain. Dans ces quelques mots, la vie est dite : l’eau et les dromadaires sans lesquels il n’y aurait que mort pour ces pasteurs et leurs troupeaux, pour ces caravaniers grands connaisseurs des réseaux de puits, grands maîtres des routes commerciales, indissociables de leurs fières montures, ces infatigables vaisseaux d’un océan de sable (ergs) et de pierres (regs).

Fermez les yeux ! Pensez Sahara ! Laissez-vous envahir par ce haut-lieu de l’imaginaire, de fantasmes, de mirages. Âpre terre de l’abstraction et du cérébral où le corps se consume loin des abondances pâmées. Ordre immuable dans un univers pourtant caméléon où tout bouge et se transforme. Monde pulvérulent où les mots se perdent dans les sables. Parole tarie quand la pensée se fait nomade sur les pistes millénaires des énigmes de l’identité. Espace somptueux et violent où l’être est mis à nu. Eblouissements géométriques. Harcèlement tyrannique d’un horizon qui ramène toujours au centre, au grand trou de l’âme. Loin du superflu. Dépouillement raffiné. Dénuement en abondance. Ascèse purificatrice. Et ce ruissellement intarissable de la lumière comme s’il pleuvait des lames. Bouches brûlées dans l’attente exacerbée de l’eau promise que les oueds fantômes ne peuvent étancher. Illusions verticales des mirages tombés d’un ciel en feu. Interminables traversées de flaques d’or où la douceur du creux des dunes n’entame en rien l’implacable et fuyante découpe des crêtes. Avancée têtue des caravanes dans la transparence d’un air incendiaire. Et ce bleu du ciel décapant comme un acide. Jusqu’à la plongée brutale dans l’opulence presque indécente des oasis. Retour à l’araire et à l’enraciné. Couleurs, odeurs, ombre. Place aux échanges, tandis que les corps, à nouveau, déploient leurs pétales dans le murmure frais de l’eau qui court entre le mil, les abricotiers, les dattes et les roses…

Mais il faut bien reprendre les pistes pour atteindre les salines de Bilma, ou pour retrouver les puisatiers du Niger qui descendent dans le ventre de la terre (jusqu’à – 120 mètres) dans la quête vitale de l’eau, ou rejoindre les marchés du Sahel. Après le fabuleux ballet des étoiles filantes et l’énorme croissant de lune déversant sa nacre glacée, dans un silence minéral, c’est le départ dans les gris tristes de l’aube transie. Puis les cristaux du sable chauffés à blanc. Les ocres excessifs du jour flamboyant qui violent l’abri satiné des paupières. Quand l’harmattan remonte les voiles sur les visages, chavirant la raison et les sens, déchirant les tentes au vélum en peau de chèvre. Et la chaleur infernale, sans limites, jusqu’à la venue des mauves du crépuscule foudroyant. Insoutenable beauté du désert, grâce sublime des fils de cette terre qu’ils aiment tant.

Les seigneurs du désert et leur fascinante culture sont plus que jamais en danger. Les chants d’amour ont fait place aux chants de révolte contre les massacres perpétrés par des Etats qui imposent la sédentarité. Alors, quel avenir pour ces aigles majestueux et libres auxquels on veut couper les ailes ? Venez vite, et les yeux bien ouverts, faire leur connaissance, avant qu’ils ne disparaissent dans une tempête de sable… programmée. Notre péniche au grand cœur veille sur eux : ils vous attendent !
Gisèle BEETZ

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