ANAKO - Au delà d’un regard

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ANAKO

« Il ne faut pas se fier aux apparences » dit-on. Avec lui, si !

• Lui, c’est d’abord un regard. Un regard immense où l’on voit couler « les chemins humides » de la grande forêt amazonienne, avec ses milliers de bras surgis d’un infini.
Un regard où se mire la silva nourricière, protectrice, respectée et qui, pourtant, se meurt chaque jour davantage sous les coups de bec de rapaces avides, voleurs, violeurs, tueurs… pour quelques dollars de plus.
Un regard où, dans un mouvement incessant, passent des ombres… mortes : nations amérindiennes fières, dignes, rayées de l’histoire et des cartes : ou des survivants qui n’ont pour lendemain que la déchéance, la perte de soi, l’identité érodée, la disparition.
Un regard si lourd de richesses humaines qu’il n’a pas de prix et qui n’est pas à vendre.
Un regard où s’expriment tant d’exigences, de conscience, d’obsessions, de cauchemars, de trop tard.
Un regard de plus en plus tourné vers l’intérieur, le centre où se terrent les esprits de son peuple, les secrets de la nature, les étapes de sa vie.
Un regard acéré par la lucidité qui se cogne à un horizon génocidaire ; un regard puissant, inoubliable à lover au creux de notre cœur, à tatouer dans les replis de notre cerveau pour ne pas oublier qu’il faut encore se battre contre ce qui n’est pas une fatalité mais un effet collatéral d’un système rouleau compresseur. Oui, lui c’est d’abord un regard.

• Lui, c’est aussi un visage.
Un visage forgé dans le ventre de la Terre-Mère.
Un visage à parcourir d’un doigt pour en connaître les chemins, la croisée des chemins entre splendeur et douleur.
Un visage où affleurent la noblesse, la droiture et une volonté têtue, farouche.
Un visage qui reflète un paysage intérieur construit, de l’amont jusqu’à l’aval, par un long voyage initiatique depuis l’innocence de l’enfance jusqu’à la sagesse du vieillard, en passant par la force et le courage de l’adulte faisant face aux épreuves de la vie.
Un visage où s’inscrit un point d’interrogation tranchant comme une dague : quel avenir pour les siens si peu nombreux ? No future ? L’amertume qui se lit aux commissures de ses lèvres laisse entendre qu’il n’y aura pas de lendemains qui chantent.

• Lui, c’est encore un corps.
Un corps pétri par l’expérience de l’être.
Un corps qui a accompli tous les rites honorant la Terre-Mère qui permet la vie.
Un corps qui a souffert les outrages infligés à la nature par des charognards sans scrupules, venus d’ailleurs semer la mort.
Un corps fort qui s’est brisé, étiolé, quand il a compris que c’était la fin des possibles.
Un corps-bibliothèque qui a accumulé tant de sagesse et de savoirs que la mort emportera.
Un corps aujourd’hui disparu mais qui restera vivant dans la mémoire de ceux qui l’ont rencontré, connu, aimé.
Pour ceux-là, ce corps sera toujours un foyer rayonnant d’enseignements et de culture que rien ne pourra éteindre.

• Lui, c’est une grande âme.
Une âme-noyau dur résisant à tous les coups bas.
Une âme-refus de plier au chant des sirènes pourvoyeuses de toutes les trahisons.
Une âme-abri d’une pensée inaliénable et inaliénée.
Une âme-concentré d’une pensée sage indépendante des maléfices apportés par la morgue de ceux qui croient tout savoir.
Une âme éclaboussante de silences, saturée d’indicible, étrangère aux renoncements, capable de vivre en autharcie jusqu’à la mort.
Une âme de chamane en quête d’un autre Graal, une âme verticale entre terre et ciel.
Une âme-feu inextinguible qui réchauffe le cœur et l’esprit de ceux que le monde, tel qu’il est, révolte.
Ils ne l’oublieront jamais.

Oui, Anako le rebelle est une belle âme restée incorruptible.

Gisèle Beetz

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