Projection-débat autour des Nagas de Birmanie

20 février 2007 ( patrick bernard )

Conférence sur les tribus Nagas en Birmanie avec en témoin Visier Sanyu, historien Naga et co-fondateur d’ICRA international.

Le samedi 24 février à 18h30, salle centrale Madeleine, Genève (Suisse).
Entrée libre.

Débat autour des Nagas et des programmes d’ICRA Suisse aux côtés des Nagas du Nagaland indien et de Birmanie.

Plus de détails sur le film : www.anako.com

Des photos d’une expédition chez les nagas

Nagas-refugees
Réfugiées nagas venant de Birmanie

Tournée de conférences “THAILANDE un autre regard” en BELGIQUE et LUXEMBOURG

14 février 2007 ( patrick bernard )

Des derniers chasseurs cueilleurs aux jeunes désoeuvrés de Bangkok ou de Pattaya, la vie et les traditions des habitants du royaume de Thaïlande sont aussi multiples que tous les sourires qui l’habitent.

Des anciennes capitales du royaume du Siam, aux tribus montagnardes de la frontière birmane, des rituels secrets des possédés de Lampang aux festivités joyeuses du Nouvel an Thaï, le Songkran, , des tournois de boxe Thaïe aux camps de réfugiés les plus cachés, des îles paradisiaques de la mer des Andamans aux traditions méconnues de l’I-san ou des régions d’influence Khmer c’est à un voyage dans le cœur des terres et dans les secrets des hommes que vous serez bientôt convié .

Et puis il y aura ces histoires croisées de femmes et d’hommes du royaume du sourire, ces ressentis, ces impressions, ces humbles perceptions de la vie, rapportées par une caméra complice, admise, acceptée depuis plus de vingt cinq ans dans les univers multiples de cette Thaïlande profonde et spirituelle, paradoxale et surprenante.

Une Thailande à découvrir, à vivre, à aimer tout simplement …

A travers toute la Belgique dans le cadre d’Exploration du Monde entre le 19 Septembre et le 19 Décembre 2007

Le documentaire ethnographique de télévision, authenticité ou altération ?

25 décembre 2006 ( patrick bernard )

Le documentaire ethnographique est aujourd’hui de plus en plus recherché par les télévisions. Les sociétés de productions les plus diverses et les plus variées s’engouffrent donc vers ce qui a tout l’air d’une nouvelle manne pour elles.

La rigueur et la réalité ethnographique ne font pas toujours bon ménage avec l’audimat, alors tout est bon aujourd’hui pour faire de “l’ethno grand public”! un peu comme les opérateurs de voyages organisent ce qu’ils appellent l’ethno tourisme de groupe en faisant des sentiers perdus d’aujourd’hui les autoroutes de demain. En poussant des sociétés autochtones qui étaient, hier encore, de fiers peuples à devenir les mendiants d’aujourd’hui, ou des traditions ancestrales à se rabaisser au rang de folklores livrés à la demande aux armées de caméras et d’appareils numériques de meutes curieuses et préssées.

France télévision avait pensé cet été 2006 à une émission de télé réalité au coeur des dernières tribus en immergeant chez les derniers bushmen, les Papous ou les Hommes fleurs, un groupe de candidats qui allait avoir à se livrer au jeux de l’imitation. Fort heureusement Icra international informée de ce projet plus que douteux développé par une filiale de la société Endémol, a aussitôt mis en place une campagne de sensibilisation et de pétition qui a rassemblé 20 000 signatures et qui a abouti au retrait du projet.

Mais si l’on regarde aujourd’hui d’un peu plus près les documentaires qui nous sont proposés il y a de quoi s’interroger sur nombre de ces films censés informer, documenter aujourd’hui, mais aussi devenir la mémoire de demain. Ils touchent en effet à des peuples et des sociétés tribales menacées de mutation profonde, de perte de leur identité voire de disparition totale comme le sont les dernières sociétés de chasseurs cueilleurs ou les dernières tribus nomades.

Qu’imagine t-on pour séduire les responsables des chaînes de télévision et les spectateurs:

- des vedettes “américaines” ou françaises que l’on met systématiquement en avant quitte à ce que la tribu ou le peuple filmé n’en soit réduit qu’au rang de décor ou de figurant. Alors on nous met un Nicolas Hulot, un Stéphane Peyron, un “people”; Muriel Robin chez les Himba ou Patrick Timsit chez les Hommes fleurs. Si les “people” en question sont des gens de qualité et de sensibilité le résultat est là, en général positif, mais combien le sont vraiment ?
Ces documentaires à gros budget et fort audimat déplacent des équipes de tournage imposantes, des véhicules 4X4, des hélicoptères, des coulisses souvent impressionnantes derrières les caméras. A qui fera-ton croire que cela n’apporte que des bienfaits aux petites tribus au sein desquelles ces équipes débarquent ?

- Un autre technique moins spectaculaire consiste à écrire le documentaire comme on écrirait une fiction. C’est d’ailleurs aujourd’hui ce que l’on demande aux producteurs. On crée des personnages, des situations, des histoires. Et si sur le terrain l’équipe de tournage ne les trouvent pas, alors on les réinventent, on les recréent et on les remet en situation en faisant “jouer à l’acteur” les habitants du village ou les membres de la tribu.
Il faut à tout prix une cérémonie d’initiation, ou un rite shamanique mais on a que quinze jours ou trois semaines pour tourner le film ! Qu’à cela ne tienne, on va payer ce qu’il faudra pour que la tribu reconstitue au moment voulu telle cérémonie ou tel rituel.
Bien sûr pour ne pas enfreindre les tabous, violer les lois non écrites, ou blesser la mémoire des ancêtres, la tribu sollicitée et qui voudrait bien quand même recevoir le paiement ou les “récompenses” promis par l’équipe, va simuler, inventer un rite qui ressemblera mais ne sera pas tout à fait celui que l’on aurait organisé si l’on avait respecté la tradition.
Voila donc des simulacres que l’on fait passer pour les vrais rituels, altérés, déformés, bâclés qui seront appelés à s’intégrer peu à peu grâce au film et à son étiquettage “documentaire ethnographique” à la mémoire collective.

- Et puis il y a encore ces films ethnographiques, plutôt bien fait, mais où, pour garder le coté exotique et authentique à tous prix, on fera disparaitre du champs toute trace de modernisme, tout vétement, toute trace de béton ou de tôle ondulée.
Tels ces indiens d’Amazonie Huaorani ou Zoé, en contact depuis déjà quelques décennies et que l’on nous fait découvrir nus comme aux premiers matins du monde.
Même le guide interprête qui parle espagnol est nu ! Les villages y sont parfaits sans la moindre trace de tôle ondulée ou de béton ? et le public y croit !
Bien sûr en y regardant bien on aperçoit sur la peau les marques de ce short, de ce caleçon ou de ce soutien gorge que le réalisateur à fait enlever au pauvre indien ou à la pauvre indienne qui n’y comprend plus rien !
“D’abord ces colons, ces missionnaires blancs qui apportent de nouvelles technologies, de nouveaux dogmes, qui imposent de cacher sa nudité, et puis ensuite, ces caméramans, blancs eux aussi, qui veulent à coups de dollars nous filmer tels que l’on était avant le premier contact !!!!”

Quelle n’est pas ma déception lorsque je découvre sur une chaîne dite sérieuse tel ou tel film consacré à une ethnie ou un village que je connais bien, de voir que les habitants sont tous revenus à le tenue d’Adam alors que, comme dans toute société en mutation, il y avait bien sûr de l’un à l’autre des tenues vestimentaires différentes - les uns affectionnant la nudité traditionnelle, les autres lui préférant quelque short, ou tee shirt. De voir également que la caméra a soigneusement évité l’école couverte d’un toit de tôle, ou les barraquements, les bidons et autres bassines en plastique que l’on a soigneusement écartés pour ne filmer que les deux seules huttes traditionnelles qui, dans ce village là, ont survécu a des années de contacts plus ou moins destructeurs.

Hypocrisie, malaise d’une société, sentiment de culpabilité, ou désir d’habiller ou de masquer la réalité ? Je ne sais qu’en penser. En tous cas les films authentiques, réalisés avec le coeur, en harmonie et en accord avec les peuples filmés sont si rares qu’ils en deviennent particulièrement précieux. Certes ils n’ont pas les mêmes moyens. Fort heureusement d’ailleurs, car l’âme d’un peuple ne se livre qu’à une personne et une caméra amies et qui savent se faire discrètes, se faire oublier et se fondre dans le quotidien.

Il faut être attentif et patient pour dénicher ces vrais films ethnographiques. Malheureusement on ne les trouve que trop rarement sur les grandes chaînes qui s’adressent au plus large public.

WILLKA KUTI - Le retour du soleil

14 octobre 2006 ( patrick bernard )

A découvir dans le prochain numéro d’Ikewan, le journal de l’association ICRA international, le théma complet consacré à la RENAISSANCE AUTOCHTONE EN BOLIVIE

A 4000 mètres d’altitude au cœur de la cordillère des Andes, là-bas où les pistes indiennes dévalent les pentes abruptes des plus hauts sommets pour s’évanouir dans les profondeurs des forêts denses du bassin amazonien, il est un pays d’où s’élèvent aujourd’hui les chants d’éveil des nations autochtones du monde entier.

Dans la cordillère des Andes comme dans toute l’Amérique latine, la musique et la poésie ont eu un rôle déterminant et essentiel dans cette reconquête de la dignité et des identités autochtones.

Hugo Gutierrez et Rodolfo Choque, les fondateurs du groupe K’ala Marka, ont, dans les années 80, quitté la Bolivie du dictateur Banzer Suarez. Comme de nombreux jeunes indiens Aymara de leur génération, artistes ou étudiants. Ils ont choisi d’aller ailleurs à la recherche de cette liberté d’expression, de poésie et de chanson, qu’en leur propre pays les dictatures successives leur avaient volé.

Depuis la conquête espagnole et pendant des décennies jusqu’en ces premières années du troisième millénaire le peuple de Bolivie constitué à plus de 65% d’amérindiens a subi le pouvoir sans partage et un quasi appartheid des descendants des colonisateurs espagnols.
Les dictatures militaires se sont succédées les unes aux autres , alternant parfois des gouvernements civils mais toujours sous la coupe des riches propriétaires des ressources naturelles, et en tout premier lieu des états Unis qui n’ont cessé jusqu’à très récemment d’interférer sur la politique et l’économie des différents états de l’Amérique latine.

Il y a quelques années seulement un amérindien venu des hauts plateaux ou simplement des quartiers « élevés » de La Paz devait s’acquitter d’un droit de passage pour être simplement autorisé à entrer dans les quartiers centre et sud de La Paz, la capitale Bolivienne…

Après que plusieurs états d’Amérique du Sud comme le Brésil ou le Vénézuela soient parvenus à la fin des années 90 à s’affranchir au moins partiellement de la tutelle nord américaine, Un pays oublié du monde allait voir converger vers lui tous les regards et toutes les attentions en janvier 2006 avec l’élection à la fonction suprême de Bolivie - non seulement d’un personne issue des mouvements populaires ou syndicalistes comme au Brésil - mais du premier président autochtone, Evo Moralés .

Cette élection allait bouleverser totalement la donne politique dans ce petit pays d’Amérique du sud désormais porté en exemple du combat et de l’éveil des peuples autochtones vers une reprise en main de leur destinée. Avec ces évènements, c’est aussi tout un processus de renouveau et de renaissance de la spiritualité et des cultures amérindiennes qui se met en marche derrière les leaders politiques mais aussi les chefs traditionnels, les shamans, les artistes et les structures spirituelles.

Dans ce pays grand en surface, puisqu’il équivaut à deux fois la surface de la France et petit en population puisqu’il ne compte que huit millions d’habitants, dirigé depuis l’origine par l’infime minorité blanche ; dans ce pays recouvrant les deuxièmes réserves latino-américaines de gaz naturel où plus de la moitié des habitants n’ont pas accès à l’électricité, la montée en puissance de la gauche indigène et de son charismatique leader Evo Moralès, est un événement en soi.

Aymara des haut-plateaux andins, ayant grandi parmi les quechuas et les petits Blancs du Chapare tropical, né à la lutte sociale parmi les paysans cocaleros, « Evo » symbolise l’espoir de tous les laissés-pour-compte du pays.
Et ils sont nombreux ! Vingt ans de dictatures, autant de réformes « néolibérales » ont creusé les inégalités.

Deux tiers des Boliviens vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Ils habitent la campagne ou les banlieues des grandes villes, principalement dans l’ouest du pays. L’immense majorité est d’origine amérindienne. Ce sont eux qui ont chassé les présidents Gonzalo Sanchez de Lozada en octobre 2003 et Carlos Mesa en juin 2005. Au grand dam des 20% de Boliviens qui se partagent plus de la moitié du revenu national, regroupés, eux, au coeur de La Paz et dans les provinces de l’est.
Face à cet abîme, le discours sans ambages d’Evo Morales, empreint de nationalisme de valeurs amérindiennes, rassemble aussi largement que ses tee-shirts du Che et ses déclarations à l’emporte-pièce effraient.
Evo Morales a su capitaliser sur le ressentiment de nombreux Boliviens à l’égard de l’ingérence étasunienne et le discrédit pesant sur les partis traditionnels. Au point que son adversaire, l’ex-président « Tuto » Quiroga, a dû s’inventer un nouveau parti « Podemos » (Nous pouvons) pour faire oublier son appartenance à l’Action démocratique de l’ex-dictateur Hugo Banzer.

Hugo Gutierrez et Rodolfo Choque Quispé appartiennent à cette génération d’Indiens Aymara, tout comme le nouveau président bolivien Evo Moralès qu’ils ont maintes fois côtoyé dans leur jeunesse.

C’est cette génération-là qui, pendant des décennies, dans le silence de l’exil ou de la clandestinité, a reconstruit note après note, pierre après pierre, la dignité de l’Indien des Andes. Chantres de la poésie et de la musicalité indienne de Bolivie, Hugo et Rodolfo sont devenus naturellement les porteurs d’espoirs de tout un peuple, leur musique est une passerelle vivante entre les chefs politiques, les grands maîtres spirituels et une jeunesse avide de retrouver leur identité et leur fierté. Ils sont aujourd’hui connus dans toute l’Amérique latine du Méxique à la Terre de feu, rassemblant des foules de tous les âges à chacun de leurs concerts.

Hugo et Rodolfo nous ont entraîné à travers cette Bolivie si attachante où, il y a plus de 25 ans, à l’époque de la dictature du général Banzer Suarez, j’avais passé 13 mois immergé au sein des communautés amérindiennes de l’Altiplano Andin et des rios Béni et Manniqui au cœur de la forêt Amazonienne

La Bolivie d’aujourd’hui nous a accueilli merveilleusement, avec une chaleur humaine que seuls les peuples autochtones qui ont autant souffert savent offrir . Outre les tournées de concerts à travers les villes et les villages de Bolivie, Hugo et Rodolfo nous ont ouvert toutes grandes les portes du tout nouveau gouvernement d’Evo Moralès qui fut leur compagnon de lutte, mais aussi celles des chefs traditionnels, les plus grands Mallku et les Amawta, les grands prêtres de la cosmologie Ayamara qui connaît aujourd’hui une renaissance sans précédent.

Nous avons rencontré Evo ce 21 Juin dernier à 5h du matin, à l’aube glaciale du solstice d’été, alors que des milliers de pélerins fêtaient sur le site de Tiwanaku, Willka Kuti, le retour de Soleil .
A La Paz, nous avons pu nous entretenir longuement avec le ministre de l’éducation, le vice ministre de la culture, les députés, et les sénateurs amérindiens qui découvrent peu à peu les méandres de l’exercice de la politique et de la gestion d’un pays.

L’un des moments les plus étonnants pour moi fut cette visite de l’assemblée nationale, et ces sénateurs et députés que l’on m’y présentait ; dignes amérindiens, aux visages burinés, aux doigts craquelés par une vie de travail, vêtus de pull overs et de jeans, côtoyant les parlementaires en cols blancs, costumes sombres et cravates des partis de l’ancienne droite gouvernementale. Et puis cette scène digne d’une fiction lors de cette séance de l’assemblée Nationale où ces députés portant leurs casques de mineurs, ou leurs bonnets indiens, défendaient mot à mot, avec la force des grands tribuns, leurs idées face à des femmes et des hommes bon chic bon genre, rompus à l’exercice d’un pouvoir sans partage, qui, accrochés à leurs dossiers, à leurs attachés caisses ou à leurs sacs Vuiton conspuaient cette politique revenue dans les mains du « bas peuple » - et de ses leaders au premier rang desquels le président Evo. On devrait plutôt dire en Bolivie du haut peuple de l’Altiplano puisque les classes les plus aisées ont toujours vécu dans le Bas La Paz et dans les riches plaines et vallées de l’Oriente.

Et puis il y eut la rencontre de cet homme étonnant, digne au visage dur, combattant sans répis pour la cause autochtone dans les pays des Andes , fondateur du mouvement Pacha Kuti, Felipé Quispé qui, s’il partage l’idéal d’Evo Moralès, n’hésite pas à s’opposer à lui et à critiquer le jeune président Elu. On appelle Felipé Quispé, Mallku, le Condor, ce qui peut être interprété aussi comme le chef des chefs. Il jouit d’un aura considérable dans toute la cordillère et beaucoup en Bolivie lui vouent un respect sans borne. Evo lui même, qui doit parfois résister aux critiques de Felipé, lui témoigne un profond respect et une estime inconditionnelle.
Une petite anecdote fut à mes yeux révélatrice de la force de caractère de ce charismatique leader qu’est Felipé Quispé. Lorsqu’au cours de notre longue séance d’interview, hugo voulu lui servir un verre d’eau minérale, Felipé pris le verre, se leva puis alla le jeter dans l’évier avant de le remplir à nouveau au robinet. « Ca c’est l’eau du peuple nous dit-il et c’est celle-ci et seulement celle-ci que je bois ! »

Pendant plus de deux heures Felipé Quispé s’est prêté de bonne grâce à mes questions et au regard de ma caméra avant de disparaître dans la nuit de l’Alto accompagné de ses deux fidèles gardes du corps.

Enfin il y eut parmi toutes ces inoubliables rencontres celle Don Valentin. Le grand prêtre des Aymara. Celui qui officie au plus haut niveau de la spiritualité et de la cosmologie ancestrale. Humble, chaleureux, n’hésitant jamais à partager son savoir et sa connaissance sans limite des mondes invisibles qui précédent, accompagnent ou entourent les hommes. Il nous a emmené sur les sites les plus sacrés emprunts de forces et de présences avec lesquelles lui seul sait communiquer. Il nous a fait partager les sacrifices aux esprits, les prières et les méditations mais aussi des moments d’échanges et de convivialité que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Jamais très loin de lui il y a Fernando…….. . Cet homme étonnant d’une quarantaine d’années anime aujourd’hui le mouvement spirituel Ayamara Sariri . Il fut envoyé au Tibet lorsqu’il avait une vingtaine années par les anciens et les sages Aymara qui voient entre la spiritualité tibétaine et la spiritualité andine un lien invisible mais d’une force extraordinaire. Fernando vécut la vie monastique aux côtés des bonzes et des lamas pendant deux ans avant de retrouver l’Altiplano où il poursuit ses recherches sur la spiritualité des ancêtres et l’enseigne aux plus jeunes.

Don Valentin, le grand prêtre des Aymara, et les principaux autres chefs spirituels, mais aussi les leaders politiques qui ont marqué l’histoire récente de la Bolivie, de Félipé Quispé à Evo Moralès, nous ont témoigné de la profondeur et de la force de ce mouvement de renouveau autochtone. Ils nous ont permis de vivre au jour le jour, au rythme des évènements qui ont marqué la renaissance de l’identité et de la fierté indigène.

Aujourd’hui l’Indien commence à dessiner lui-même une toute nouvelle Bolivie, sa Bolivie. Rodolfo me dit cette phrase révélatrice quelques jours seulement avant mes retrouvailles avec la Bolivie : « Tu verras c’est très différent de ce que tu as connu lors de ton premier voyage il y a 25 ans. Aujourd’hui l’Indien ne regarde plus ses pieds, il te regarde dans les yeux » .

Cette année, la célébration du solstice d’été a revêtu un caractère particulier : pour la première fois les représentants e nombreuses nations indigènes des trois Amériques se sont rassemblés sur le site de Tiwanaku pour célèbrer le Willka Kuti, le retour du Soleil.

Sur la place du village, une scène monumentale a été érigée. Là, totu au long de cette nuit glaciale, des milliers de pélerins se réunissent pour écouter les Mallku, puis danser aux pieds des Wippala aux rythmes des airs de K’ala Marka.

Puis, un peu avant le lever du soleil, la foule se dirige vers le site archéologique de Tiwanaku. Le président Evo Moralès vient d’arriver en hélicoptère. Don Valentin et Don Lucas commencent les cérémonies : offrandes, prières, puis aux premiers rayons du soleil, dans une ferveur intense, la foule toute entière lève les mains au ciel, les paumes tournées vers l’astre de vie pour recevoir sa chaleur et son souffle de renouveau.

A l’aube du 22 juin, le peuple des Andes et les pèlerins du monde entier se rassemblent alors pour danser dans l’allégresse autour du grand Wippala, le fier drapeau aux carrés multicolores qui symbolise aujourd’hui la renaissance de l’âme indienne indéfectiblement liée et reliée aux forces spirituelles du Soleil, du cosmos et de la Pacha Mama, la Terre-Mère .

Hugo, Rodolfo, le président Evo et toute la foule des anonymes, ont salué le retour du Soleil, mais ce jour-là c’était bien un nouveau soleil que l’on a célébré. Un astre d’espoir venu, comme en ces moments rares où il nous est donné d’assister au spectacle d’une éclipse, occulter les temps de la honte et de la soumission pour projeter sur la planète des hommes la lumière vivifiante d’une ère nouvelle, celle du renouveau attendu du dialogue des civilisations.

C’est un renouveau qui dépasse très largement la seule reprise en main par les peuples autochtones de leur destinée politique et économique. Il s’agit aussi et je dirais surtout d’un véritable renouveau spirituel avec la cosmogonie, la spiritualité et les savoirs originaux longtemps demeurés dans les caches les plus secrètes de la mémoire collective Aymara ou Quechua.

Les Mallku, les chefs traditionnels ou les Amawta, les détenteurs de la médecine traditionnelle sont a nouveau considérés, écoutés et invités à participer aux prises de décisions les plus importantes aux cotés du chef de l’état lui même ainsi que des dirigeants provinciaux ou régionaux.

Il n’y a dans ce mouvement ni haine ni amertume vis a vis des autres catégories de la population qui sont invitées à s’associer à ce mouvement et à y prendre part. Ainsi le vice président Bolivien lui même, au même titre que plusieurs ministres du gouvernement Moralès, sont issus de la population blanche ou métis.

J’ai pu rencontrer longuement les ministres de l’éducation et de la culture, et dans ces seuls domaines les chantiers entrepris sont déjà considérables depuis l’enseignement bilingue ou trilingue généralisé avec enseignement des langues locales dans chacune des ethnies, la démarcation des terres autochtones et la protection des ethnies les plus fragilisées notamment dans la partie Amazonienne de la Bolivie, etc…

Certes la tâche là, comme toutes les autres, ne sera pas facile, et le seul exercice du pouvoir n’est pas chose aisée pour qui n’est pas issu des classes dirigeante et du sérail de la politique politicienne.

Nationaliser les hydrocarbures est le premier grand défit lancé par Evo Moralès mais les grands propriétaires et les multinationales du pétrole et du Gaz sont bien décidés , avec l’aide des pétro dollars et des Etats Unis, à en découdre avec ce président qui bouleverse l’ordre des choses tel que eux l’avaient établi.

Si le socialisme affiché de ce nouveau gouvernement qui se dit proche d’Hugo Chavez ou Fidel Castro, héritier de la ligne tracée sur son propre sol par Ché Guevarra, semble incontournable vu de l’extérieur, on a l’impression sur place qu’il n’est en fait qu’un argument servant plutôt d’étendar de résistance contre les pouvoirs de droite qui se sont continuellement succédé à la tête du pays.

L’exercice du pouvoir n’est pas chose facile. Il reste à espérer qu’Evo Moralès, dont personne ne doute de la sincérité et de l’honnêteté, ne se laissera pas prendre dans les pièges de cet exercice de haut vol auquel bien d’autres avant lui n’ont pas résisté, à l’image du président brésilien Lulla qui est aujourd’hui empêtré dans des affaires de corruption. Et puis il subsiste dans certains cas la tentation d’accaparer ou de confisquer le pouvoir que ces grands leaders ont contribué à rendre au peuple dans un premier temps et que certains voudraient reprendre en leurs seules mains. A l’image de Fidel Castro à Cuba ou du Président Chavez au Vénézuela qui envisage déjà de modifier la constitution pour s’approprier des pouvoirs étendus.

Ce qui différencie la Bolivie du Vénézuela ou du Brésil dont les nouveaux gouvernements sont eux aussi issus des mouvements sociaux et populaires c’est que, à la différence du Brésil et du Vénézuela, c’est bien la force identitaire amérindienne qui, au delà du mouvement social, prédomine en Bolivie. Et puis il faut compter également avec l’émergence de ce renouveau culturel et spirituel qui enveloppe aujourd’hui d’un dynamisme et d’une vigueur nouvelle tout un peuple fier de se relever et de pouvoir enfin relever la tête et nous regarder droit dans les yeux.

Jarawa sur France 5

1 octobre 2006 ( ken )

troisieme-1.jpg logo France 5
France 5 diffuse le film Jarawa, La Rencontre Interdite le 25 octobre 2006 à 15:45. Rediffusion le mardi 7 novembre à 1:00.
Résumé :

Dans l’archipel indien des Iles Andaman vivent les derniers représentants du peuple Jarawa. Préservés des influences extérieures par leur insularité, ils perpétuent un mode vie traditionnel. Les approcher se révèle périlleux en raison de la méfiance qu’ils manifestent à l’égard des visiteurs étrangers. L’équipe Anako a réussi néanmoins à établir un contact avec ce peuple mystérieux. Cette rencontre improbable permet de lever le voile sur quelques aspects d’une culture et d’une manière de vivre unique, hélas menacées de disparaître.

Ce documentaire a été tourné juste avant le Tsunami de décembre 2004, qui a dévasté les Iles Andaman et Nicobar.
Par ailleurs une action urgente a été lancé par ICRA International :
Sauvons les Jarawa des Iles Andaman: Les jours des 270 derniers représentants du peuple Jarawa (chasseurs-cueilleurs des Îles Andaman - Inde) sont comptés. La route qui longe leur territoire et qui devrait être fermée depuis 2002 sur décision de la cour suprême indienne est en cours d’élargissement favorisant ainsi l’envahissement de leur territoire par des colons et des braconniers qui surexploitent les ressources de leur territoire et les exposent à des épidémies

Mlabri sur France 5

28 septembre 2006 ( ken )

mlabri-20014.jpg logo France 5

Ceux qui ont raté la diffusion de Mlabri, Les Esprits des Feuilles Jaunes sur France 5, vous pouvez encore voir le documentaire aux dates suivantes :

- samedi 30 septembre 2006 à 3h00 (oui c’est tard…)
- dimanche 15 octobre 2006 à 00:45 (en remplacement de l’habituelle soirée night-club du samedi soir…)

Extrait du programme de France 5 :
Documentaire de 48′, extrait de la série ‘” Les voix de l’oubli - Chroniques des derniers chasseurs-cueilleurs “, écrit, réalisé et produit par Patrick Bernard, et produit par Anako Productions. Narration : Patrick Bernard. Distribution : Télé Images International. 2002. Dissimulés dans des abris éphémères qu’ils reconstruisent inlassablement, à chaque étape de leur vie nomade, les Mlabri -surnommés ” les esprits des feuilles jaunes “- se cachent dans les forêts reculées du nord de la Thaïlande. Aujourd’hui grandement menacé de disparition, ce peuple encore très mal connu ne résiste pas toujours à l’appel des missionnaires et des autorités cherchant à le sédentariser. Malgré la déforestation et un contact croissant avec le monde moderne, certains tentent de conserver, envers et contre tout, leurs traditions ancestrales en communion avec la nature… (Programme sous-titré par télétexte pour les sourds et les malentendants)

Cérémonie d’adoption

28 septembre 2006 ( ken )

adoption
Asmats (Mémoires d’Océanie, Villeminot)

Les Asmats sont des guerriers et réputés pour être des chasseurs de tête. Dans cette société où l’insécurité est permanente, où la tension est si forte, il leur faut une soupape de sécurité. Quand deux villages ont trop de raisons pour devenir agresssifs, on provoque une adoption, qui créent une parenté à vie.

Lors de la première phase de l’adoption, les adoptés sont enduits de farine puis s’alignent devant leurs futurs parents. Ensuite, l’un après l’autre, les hommes et femmes “redevenus enfants” se courbent lentement et sucent le sein de leur nouvelle mère…

Quelle ne fut ma surprise lorsque je lis aujourd’hui (oui je sais… faut que je termine les 3 films en attente…) dans le livre Samarcande de Amin Maalouf qu’une telle pratique existe aussi en Perse (Iran). Extrait :

“… ses épaules étaient nues ainsi que ses seins. Par la parole et par le geste, elle m’invitait à téter. Les deux filles pouffaient sous cape, mais la mère avait le sérieux des sacrifices rituels. Posant mes lèvres (…) je m’exécutais. Elle se couvrit alors, sans hâte, disant sur le ton le plus solennel :
- par ce geste, tu es devenu mon fils, comme si tu étais né de ma chair.

Par cette adoption symbolique, le narrateur a pu vivre quelques temps dans l’antre des femmes… comme fils et comme frère !

Bienvenue sur le blog de Planete Anako

27 septembre 2006 ( patrick bernard )

N’hésitez pas à venir nous donner vos commentaires et vos impressions.
Ce blog est créé pour vous permettre de suivre notre travail au jour le jour.
Je vous y communiquerai régulièrement les informations relatives à la sorties de nos nouveaux films ethnographiques, de nos conférences et de nos émissions de radios et de télévisions.

Je vous y parlerai également des campagnes en cours de l’association ICRA International et du Fonds Mondial pour la sauvegarde des cultures autochtones que j’anime avec nos correspondants autochtones et toute une équipe de bénévoles passionnés et motivés.
Bien cordialement à tous.